Votre dos, votre nuque, derrière vos oreilles — des zones que vous ne voyez jamais. Moi, si.
- Manon Michellod
- il y a 4 jours
- 4 min de lecture

Il y a des choses qu'on ne cherche pas, et qu'on trouve quand même.
C'est souvent comme ça que ça se passe en séance.
Un massage classique. Une découverte inattendue.
Une cliente arrive pour un massage de détente. Jeune, sans antécédents particuliers, plutôt en bonne santé. Elle aime les activités en plein air, la montagne, le soleil — sans toujours penser à la protection solaire. Rien d'alarmant a priori.
En travaillant la zone cervicale et le contour crânien, je remarque quelque chose derrière l'oreille. Une lésion cutanée pigmentée, de taille significative. Elle ne l'avait jamais remarquée. Normal — c'est une zone qu'on ne voit pas, même avec un miroir.
Je m'arrête. J'observe. Mon œil clinique d'infirmière urgentiste s'active automatiquement.
J'applique les critères ABCDE :
A — Asymétrie : la lésion n'est pas symétrique
B — Bords : les contours sont irréguliers
C — Couleur : la pigmentation n'est pas uniforme
D — Diamètre : supérieur à 6 mm
E — Évolution : inconnue, le patient n'avait jamais fait attention à cette zone
Résultat : orientation immédiate vers son médecin, avec mes observations documentées.
Je ne pose pas de diagnostic. Ce n'est pas mon rôle. Mais orienter — ça l'est.
Pourquoi le thérapeute manuel est un maillon sous-estimé
Chaque séance de massage, c'est une observation systématique du corps entier. Dos, nuque, épaules, membres, creux poplités, face interne des bras — des zones que le patient ne voit pas, parfois depuis des années.
Le médecin voit le patient quelques minutes, habillé la plupart du temps, sur une plainte précise. Le dermatologue examine ce qu'on lui montre.
Le thérapeute manuel, lui, voit tout — et régulièrement.
Cette position n'est pas anodine. Elle implique une responsabilité réelle : celle de regarder, pas seulement de toucher.
Les critères ABCDE — pas réservés aux médecins
Ces critères sont enseignés en médecine pour identifier les lésions mélanocytaires suspectes, potentiellement évocatrices d'un mélanome. Mais il n'y a aucune raison qu'ils restent dans les cabinets médicaux.
Tout professionnel qui travaille sur le corps nu d'un client devrait les connaître.
Ce n'est pas faire de la médecine. C'est exercer son sens clinique avec responsabilité.
A — Asymétrie Une lésion normale est globalement symétrique. Si vous tracez une ligne au centre et que les deux moitiés ne se superposent pas, c'est un signal.
B — Bords Des bords nets et réguliers, c'est rassurant. Des contours flous, dentelés, ou qui semblent "s'étaler" — moins.
C — Couleur Une lésion uniforme, brun clair homogène, c'est banal. Des nuances mêlées — brun foncé, noir, zones rosées ou blanchâtres — méritent attention.
D — Diamètre Au-delà de 6 mm, le seuil d'alerte clinique est atteint. C'est approximativement la taille d'une gomme de crayon.
E — Évolution C'est souvent le critère le plus difficile à évaluer pour le thérapeute — parce qu'on ne connaît pas l'historique. Mais si le client dit "je ne l'avais pas remarquée avant" ou "elle a changé", c'est une information précieuse à transmettre.
Ce que je fais concrètement en séance
Je ne transforme pas une séance de massage en consultation dermatologique. Ce n'est ni mon rôle, ni l'attente du client.
Mais mon regard est formé. Après vingt ans aux urgences, l'observation clinique est un réflexe — pas une démarche consciente. Je vois le corps différemment qu'une thérapeute sans background médical.
Quand quelque chose attire mon attention, je le signale calmement, sans alarmer. Je décris ce que j'observe. Je recommande une consultation médicale. Et je le note.
C'est aussi simple que ça. Et ça peut changer quelque chose.
Le mélanome — quelques chiffres pour comprendre l'enjeu
Le mélanome est l'une des formes de cancer cutané les plus agressives. Détecté tôt, le taux de survie à 5 ans dépasse les 95%. Détecté tard, le pronostic se dégrade drastiquement.
La Suisse figure parmi les pays européens avec les taux d'incidence les plus élevés — probablement en lien avec l'altitude, l'ensoleillement et les habitudes de plein air de la population.
Les zones du corps les moins surveillées — dos, nuque, derrière les oreilles, face postérieure des membres — sont précisément celles où le diagnostic tardif est le plus fréquent.
Ce sont les zones sur lesquelles je travaille chaque jour.
Une douleur d'épaule peut vous sauver la vie
Un médecin généraliste l'a écrit récemment sur LinkedIn après avoir découvert une lésion suspecte lors d'un examen pour tendinite. La phrase m'a frappée — parce qu'elle s'applique exactement à ce que je vis en cabinet.
Un massage peut aussi vous sauver la vie.
Pas parce que la masséothérapeute remplace le médecin. Mais parce qu'elle voit ce que personne d'autre ne regarde.
En résumé
Les thérapeutes manuels ont un accès privilégié à des zones cutanées peu surveillées
Les critères ABCDE sont des outils cliniques accessibles à tous les professionnels du corps
Orienter un client vers un médecin fait partie d'une pratique responsable
La détection précoce du mélanome sauve des vies
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Manon — Infirmière urgentiste & Massothérapeute diplômée | Charrat, Valais


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